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Plus de témoignages ?

Caroline ROUMAGNAC-GARCIA et une journaliste Corinne HYAFIL réalisent des portraits de dirigeants ayant repris l'entreprise familiale. Ces portraits nous montrent bien que, derrière toute activité, il y a une histoire humaine. Découvrez Tranches de vie.

Une belle satisfaction pour cette jeune femme de 34 ans passionnée par la mode, à laquelle la vie a pourtant réservé des périodes de doute et de frustrations... les petits boulots et les périodes sans.

Quand le rêve devient réalité
La voici désormais chef d'entreprise, patronne de Colinette, un joli petit magasin racheté, au moment de sa retraite, à son ancienne exploitante, Mme Roche, avec laquelle elle s'est liée d'amitié.
"J'ai découvert cette affaire grâce à mon beau-père, agent immobilier dans le quartier explique-t-elle ; elle  m'a plu tout de suite... et je me suis rapprochée très vite des organismes qui accompagnent les créateurs et les repreneurs d'entreprises pour savoir si on pouvait m'aider."
Grâce à une situation familiale qui lui ouvrait plusieurs aides publiques, Shéhérazade a pu mobiliser des financements suffisants pour rassurer les banques, sollicitées pour l'achat du fonds et la création du stock... Avant de s'installer, très vite, dans la foulée, assurée du concours précieux de Mme Roche, heureuse de contribuer à la pérennité de sa boutique..

Après six mois d'activité et des résultats conformes aux prévisions, elle souffle un peu et se souvient de son parcours mouvementé, marqué par une idée fixe : exploiter sa propre boutique, dans la mode et conseiller des clientes.

"Depuis mon plus jeune âge, je rêve de tissus et de couture, explique t-elle. C'est ma grand mère qui m'a donné le virus : elle fabriquait avec beaucoup de goût ses propres vêtements. Je la regardais pendant des heures, passionnément, sans rien manquer de ses faits et gestes." Une passion qui ne la quittera plus, jusqu'à tenter, en 1989, à Mende, une première expérience commerciale en solo, qui se soldera par une fermeture quand le propriétaire des murs récupèrera son magasin. 

Maman et commerçante !
A la naissance de sa fille Tao, Shéhérazade mettra son activité professionnelle en sommeil pour privilégier son rôle de maman jusqu'à cette année 2004. "Le commerce exige un gros investissement en temps de travail ; maintenant ma fille est grande, elle n'a plus autant besoin de présence. Elle m'accompagne même souvent au magasin, les mercredis et samedis, et soutient mon projet. Psychologiquement cela m'aide beaucoup."
Depuis son arrivée, Shéhérazade a présenté plusieurs collections à ses clientes, des clientes d'age mûr, chouchoutées par Mme Roche, qui viennent en confiance autant de fois qu'il le faut avant de se décider pour un tailleur, un pantalon, une robe
ou un manteau. Cette marque a fait le succès de la boutique et la nouvelle exploitante souhaite la poursuivre, pour ne pas dérouter les habituées. Même chose pour les tee-shirts et les pulls plus jeunes de Betty B., qui complètent avantageusement les collections et retiennent tout aussi bien les amies de Shéhérazade que leurs mamans...

La botte secrète de Shéhérazade... la retouche !
Au-delà de l'intérêt et de la réputation des produits, Shéhérazade dispose d'une véritable botte secrète qui explique l'engouement des clientes : les retouches. Ici elles sont généralement gratuites et exécutées dans les règles de l'art par celle qui a pris les mesures : Shéhérazade elle-même. "Il n'y a pas de mauvaise surprise. Le vêtement doit aller comme un gant, sinon je ne laisse pas repartir la cliente, se défend-t-elle... D'ailleurs je préfère rater une vente qu'accepter de céder un produit qui à mes yeux ne convient pas à ma cliente..." Avec autant de scrupules, on comprend mieux le capital confiance dont jouit la jeune commerçante. Une confiance dont elle a bénéficié à tous les stades de son projet : depuis la cession du fonds facilitée par un crédit-vendeur consenti par Mme Roche, jusqu'au stock, par le bénéfice des mêmes conditions fournisseurs que celles accordées à la précédente exploitante, en passant par la plate-forme d'initiative locale et son prêt d'honneur.

Des innovations permanentes
Reste maintenant à développer la boutique, fidéliser les clientes d'aujourd'hui et capter les nouvelles. Pour cela, il faudra encore travailler et investir un peu. Rénover le magasin pour se tenir au goût du jour, par exemple. Shéhérazade a des idées. « J'envisage de transformer certains portants, de mettre un peu de peinture, d'éclairer les produits, et aussi d'informatiser pour mieux gérer le stock. »

Des innovations qui vont de l'avant et, qu'en bonne gestionnaire, Shéhérazade réalisera au moment opportun, sans mettre en péril quelque équilibre que ce soit.  Prévenue des dangers, grâce au stage d'accès à la création qu'elle a suivi auprès de l'ANPE, elle avance prudemment, consciente des difficultés. "Ce n'est pas un secteur facile, concède Corinne Roy de la CCI de Clermont-Ferrand qui a suivi le dossier. Dans ce cas précis une création pure aurait été délicate. Mais la reprise d'une affaire bien tenue, disposant d'un gros capital confiance a toutes ses chances, à partir du moment où la nouvelle commerçante se montre réaliste, bien à l'écoute et prête à jouer la carte du service qui fait la différence avec des magasins de plein centre-ville."  Et l'écoute, Shéhérazade n'en manque pas. Raccourcir les manches, transformer un pantalon en pantacourt, corriger un détail qui ne plait pas... autant de soucis qui trouvent rapidement leur solution. Du coup, les clientes se transforment rapidement en amies et reviennent la fois suivante avec un petit cadeau dans les bras, pour Tao ou pour sa maman.

Une suite bien engagée...
Une autre idée du commerce, qu'on pourrait trouver désuète, mais qui correspond à une attente bien réelle des clientes déçues par la foule des magasins standardisés, où l'on est reçu comme un numéro... de compte bancaire.
Reste maintenant à faire savoir tout ça... à communiquer ! Shéhérazade envisage d'accentuer ses efforts publicitaires qui ne dépassent guère aujourd'hui la vitrine de Colinette.  Elle souhaite renforcer ses liens avec les commerçants du quartier qui se serrent les coudes. Chacun doit faire face à une conjoncture commerciale délicate et aux conséquences des travaux du centre-ville qui détournent une partie de la clientèle vers la périphérie.
Mais le tissu de relations nouées avec ses partenaires et ses clients constitue un atout formidable pour cette commerçante dynamique qui voit son enthousiasme grandir tous les jours.

Bien entourée par ses proches qu'elle ne sait comment remercier, conseillée par la CCI et le réseau Transcommerce-Transartisanat qui avait procédé à l'évaluation du fonds, soutenue par l'ancienne commerçante, Shéhérazade dispose de toutes les cartes pour avancer dans ses projets.

Des projets qui s'enchaîneront, naturellement, de fil en aiguille...

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